_ Je suis à toi... murmura Eléa.
Il délivra l'autre sein et le serra tendrement, puis défit le vêtement de hanches. Sa main coula le long des hanches, le long des cuisses, et toutes les pentes la ramenaient au même point, à la pointe de la courte forêt d'or, à la naissance de la vallée fermée.
Eléa résistait au désir de s'ouvrir. C'était la dernière fois. Il fallait éterniser chaque impatience et chaque délivrance. Elle s'entrouvrit juste pour laisser la place à la main de se glisser, de chercher, de trouver, à la pointe de la pointe et de la vallée, au confluent de toutes les pentes, protégé, caché, couvert, ah!... découvert! le centre brûlant de ses joies.
Elle gémit et posa à son tour ses mains sur Païkan.
L'horizon gronda. Une lueur verte fit un troupeau vert du troupeau des chevaux blancs, qui dansaient sur place, effrayés.
Eléa ne voyait plus rien. Païkan voyait Eléa, la regardait de ses yeux, de ses mains, de ses lèvres, s'emplissait la tête de sa chair et de sa beauté et de la joie qui la parcourait, la faisait frémir, lui arrachait des soupirs et des cris. Elle cessa de la caresser. Sesmains sans forces tombèret de lui. Les yeux clos, les bras perdus, elle était l'herbe et le lac et le ciel, elle était le fleuve et un soleil de joie. Mais ce n'étaient encore que les vagues avant la vague unique, la grande route lumineuse multiple vers l'unique sommet, le merveilleux chemin qu'elle n'avait jamais si longuement parcouru, qu'il dessinait et redessinait de ses mains et de ses lèvres sur tous les trésors qu'elle lui donnait. Et il la remerciait dans son coeur d'être si belle et si heureuse.
[...]
Eléa brûlait. Haletante, impatiente, ce n'était plus possible, elle prit dans ses mains la tête de Païkan aux doux cheveux couleur blé qu'elle ne voyait pas, qu'elle ne pouvait plus voir, puis ses mains redescendirent et prirent l'arbre aimé, l'arbre proposé, approché et refusé, et le conduisirent vers sa vallée ouverte jusqu'à l'âme. Quand il entra, elle râla, mourut, fondit, se répandit sur les bois, sur les lacs, sur la chair de la terre. Mais il était en elle - Païkan-, il la rappelait autour de lui, à longs appels puissants qui la ramenaient des bouts du monde - Païkan-, la rappelaient, l'attiraient la rassemblaient, la condensaient, la durcissaient, la pressaient jusqu'à ce que le milieu de son ventre percé de flammes - Païkan!- éclatât en une joie prodigieuse, indicible, intolérable, divine, bien-aimée, brûlant, jusqu'à l'extrémité de la moindre parcelle, son corps, qui la dépassait.